A la rue due du Vieux-Collège à Genève se tient El-Rey, je n’ai aucun souvenir de ce qui s’y trouvait avant, sans doute une boutique en fin de bail. C’est une rue que je ne prends principalement que pour trois raisons: aller courageusement jusqu’au fond espérant trouver une place de parking afin d’être mal reçu chez Quirinale, faire la queue chez Lipp, ou pour charger un objet volumineux acheté à la Fnac. Sinon c’est sans intérêt: plus d’Alhambra, quelques cabarets transformistes sans Michou, à peine Agent Provocateur peut attirer l’oeil.

Pourquoi y suis-je? Pour éviter la foule des rues basses attendant un hypothétique iPhone 5 juste mis à l’étalage: c’est étonnant que l’appareil le plus connecté au monde attire ses fans les plus intenses à camper la nuit devant la boutique alors que le facteur aurait pu le livrer à peine plus tard à la maison relax en train de lire les mauvaises critiques tout en se convaincant que quand même Android c’est moins bien.

Il est 14:00, j’ai faim. A Genève ça veut dire MacDo ou “désolé la cuisine est fermée”. Des tables hautes barrent mon chemin, la vitrine pas très transparente cachent trois jambons entamés à l’espagnole, tranchés au couteau, dans la longueur, sens contraire que dans le reste des pays civilisés, des tranches courtes un peu épaisses, alternant viande pourpre et gras éclatant. Mangeant avec les mains, c’est plus tactile qu’un iPhone 5, ça fond mieux dans la bouche que des m&m’s et il n’y a personne.

Je commande un: ‘Jamón de Bellota por favor senorita’ dans mon espagnole mondain, un verre de Rioja et allume un Avo La Trompeta. On ne pourra jamais attendre le facteur et l’iPhone 5 dans de meilleures conditions.